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Quand Aubagne devient décor : la Provence comme muse du cinéma français

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Quand Aubagne devient décor : la Provence comme muse du cinéma français

Photo: Christian Ferrer, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons

Il suffit parfois d'une image. Une garrigue dorée sous le soleil d'août, une fontaine qui chante au milieu d'un village silencieux, une facade ocre striée d'ombres géométriques. En Provence, chaque coin de rue semble avoir été conçu pour être filmé. Et les cinéastes l'ont bien compris depuis plus d'un siècle.

Aubagne, ville natale de Marcel Pagnol, occupe une place toute particulière dans cette géographie cinématographique. Mais son rôle dépasse largement le seul héritage pagnolesque. Aujourd'hui encore, des productions françaises et internationales viennent chercher dans ces paysages quelque chose d'irremplaçable.

Pagnol, le père fondateur

Impossible de parler de cinéma provençal sans commencer par lui. Marcel Pagnol n'est pas seulement un écrivain né à Aubagne en 1895 — c'est un pionnier du cinéma parlant français, un homme qui a compris avant tout le monde que la langue provençale, les accents chantants et les paysages de garrigue pouvaient constituer un univers cinématographique à part entière.

Ses films des années 1930 et 1940 — Marius, Fanny, César, La Femme du boulanger, La Fille du puisatier — ont construit une image de la Provence qui a traversé les décennies. Ces œuvres ont été tournées en grande partie dans les collines autour d'Aubagne, dans des villages comme Aubagne elle-même, La Treille, ou encore Allauch. Des lieux que les cinéphiles du monde entier associent désormais à une certaine idée de la France rurale et authentique.

Les studios que Pagnol avait créés à Marseille, dans le quartier de La Victorine, ont également joué un rôle déterminant dans le développement d'une industrie cinématographique régionale. Une ambition rare pour l'époque, et qui témoigne de la vision d'un homme profondément attaché à sa terre.

Les collines de Jean de Florette et Manon des Sources

Quatre décennies après Pagnol, Claude Berri a remis la Provence au centre de la carte cinématographique mondiale avec son diptyque Jean de Florette et Manon des Sources (1986). Adapté de l'œuvre de Pagnol, ce projet titanesque a été tourné dans le Var et les Bouches-du-Rhône, notamment dans le village de Mirabeau et ses environs.

L'impact de ces deux films sur la perception internationale de la Provence a été considérable. Des touristes du monde entier ont afflué dans la région pour retrouver ces paysages de thym et de lavande, ces mas en pierre sèche, ces cigales omniprésentes. La Provence est devenue un mythe cinématographique vivant, et Aubagne, en tant que berceau pagnolien, en a recueilli une part de la gloire.

Des tournages contemporains qui perpétuent la tradition

Aujourd'hui, la tradition se poursuit. Chaque année, des équipes de tournage s'installent dans la région pour quelques semaines, attirées par la diversité des décors naturels et la qualité de la lumière méditerranéenne.

Aubagne elle-même a servi de cadre à plusieurs productions récentes, notamment des téléfilms et des séries diffusées sur les grandes chaînes françaises. Ses ruelles du centre historique, ses marchés animés et ses vues sur le massif de l'Étoile offrent une palette visuelle que peu d'autres villes de la région peuvent égaler.

La ville dispose également de ressources techniques non négligeables. Des prestataires locaux spécialisés dans la logistique de tournage, des espaces adaptables et une municipalité qui facilite les demandes d'autorisation font d'Aubagne une option sérieuse pour les productions de moyenne envergure.

Le paysage provençal comme personnage à part entière

Ce qui distingue les films tournés en Provence, c'est souvent la manière dont le paysage cesse d'être un simple arrière-plan pour devenir un acteur à part entière. Dans Marius et Jeannette de Robert Guédiguian (1997), c'est le quartier de L'Estaque à Marseille qui incarne une certaine idée de la solidarité populaire. Dans Le Château de ma mère, c'est la garrigue de Provence qui symbolise l'enfance et la nostalgie.

Cette relation entre territoire et récit est au cœur de ce que le cinéma provençal a de plus précieux. Les réalisateurs qui viennent ici ne cherchent pas seulement des beaux décors — ils cherchent une âme. Et la Provence, avec son histoire millénaire, ses lumières changeantes et ses contradictions entre modernité et tradition, en a une, incontestablement.

L'identité culturelle aubagnaise à l'écran

Pour les habitants d'Aubagne, voir leur ville à l'écran est toujours un moment particulier. C'est une forme de reconnaissance, une validation de ce que chacun ressent au quotidien : que ce lieu a quelque chose de spécial, quelque chose qui mérite d'être montré au monde.

Cette fierté locale se retrouve dans l'engagement de la ville autour du cinéma. Les initiatives comme celles de Ciné Aubagne s'inscrivent dans cette continuité : faire vivre le septième art au cœur de la Provence, créer des occasions de voir et de partager des films, entretenir la flamme d'une culture cinématographique ancrée dans le territoire.

Et demain ?

La Provence continuera-t-elle d'attirer les caméras ? Tout porte à le croire. La région dispose d'atouts naturels et patrimoniaux que ni les studios numériques ni les effets spéciaux ne peuvent totalement reproduire. Et les nouvelles générations de cinéastes, souvent en quête d'authenticité et de sens, semblent redécouvrir les charmes d'un tournage en extérieur, en prise directe avec la réalité d'un lieu.

Aubagne, pour sa part, a toutes les cartes en main pour rester au cœur de cette aventure. Ville de Pagnol, carrefour culturel, porte d'entrée vers les paysages les plus photogéniques de Provence — elle n'a pas fini d'inspirer ceux qui font des images leur métier.

Et nous, depuis Ciné Aubagne, on continuera à vous raconter cette histoire. Parce que le cinéma, ici, c'est bien plus qu'un divertissement : c'est une façon d'habiter le monde.

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