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Ruelles, placettes et bastides : Aubagne, terrain de jeu secret des cinéastes

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Ruelles, placettes et bastides : Aubagne, terrain de jeu secret des cinéastes

Il y a des villes qui se laissent filmer comme on se laisse photographier : en posant, en souriant, en offrant leur meilleur profil. Aubagne, elle, ne pose pas. Elle existe. Et c'est précisément ce que les cinéastes cherchent quand ils posent leurs caméras dans ses rues.

Pas la Provence de synthèse, celle des champs de lavande en contre-plongée et des marchés en robes à fleurs. Non. Aubagne leur offre quelque chose de plus rugueux, de plus vrai : une ville ouvrière qui a grandi vite, une architecture composite où le XVIIe siècle côtoie le béton des années soixante-dix, et des habitants qui ne s'écartent pas quand une équipe de tournage débarque dans leur quartier.

Les lieux qui reviennent, encore et encore

Demandez à n'importe quel directeur de la photographie qui a travaillé dans la région : la place de l'Hôtel-de-Ville d'Aubagne a quelque chose d'hypnotique. La lumière y tombe différemment selon l'heure. Le matin, les façades ocre absorbent les premiers rayons et dégagent une chaleur dorée presque irréelle. En fin d'après-midi, les ombres créent des contrastes que n'importe quel chef-opérateur rêve de capturer.

Mais ce n'est pas seulement une question de lumière. C'est aussi une question d'échelle. Aubagne n'est ni trop grande ni trop petite. Ses rues ne sont pas envahies par le tourisme de masse qui a stérilisé d'autres centres historiques provençaux. On peut encore y filmer une scène de marché sans avoir à nettoyer numériquement des dizaines de selfie-sticks dans la post-production.

Le quartier du Charrel, avec ses maisons basses et ses jardins dérobés, a servi de toile de fond à plusieurs productions qui cherchaient cette atmosphère de ville méditerranéenne authentique, ni trop lisse ni trop pittoresque. Les impasses, les portails entrebâillés, les poteries qui débordent sur les trottoirs — tout cela compose un décor que personne n'a besoin d'habiller.

La bastide comme personnage

L'un des éléments les plus prisés par les équipes de tournage reste sans conteste le patrimoine bastide. Ces grandes maisons de maître disséminées en périphérie de la ville offrent des intérieurs qui racontent des histoires avant même que les acteurs n'ouvrent la bouche. Parquets qui grincent, cheminées monumentales, volets délavés par vingt étés successifs : tout ici est déjà du cinéma.

Un jeune réalisateur aubagnais qui a grandi dans le quartier des Passons confie avoir tourné ses trois premiers courts-métrages dans des bastides que lui prêtaient des voisins ou des connaissances de sa famille. « Je n'avais pas de budget décor. Mais j'avais ces maisons. Et ces maisons, elles ont une mémoire. Tu n'as pas besoin d'inventer grand-chose. Tu poses ta caméra et tu regardes. »

Cette idée — que le lieu précède le récit, qu'il en est même parfois la source — revient souvent dans les conversations avec les cinéastes qui ont travaillé à Aubagne. La ville ne se contente pas d'accueillir des histoires. Elle en génère.

Ce que Marcel Pagnol a compris avant tout le monde

Il serait impossible de parler de cinéma à Aubagne sans convoquer l'ombre de Marcel Pagnol. Natif de la ville, l'auteur de La Gloire de mon père a fondé une partie de son œuvre sur la géographie intime de cette Provence-là — pas celle des guides touristiques, mais celle des collines derrière la maison, des chemins creux, des cigales qu'on entend sans les voir.

Pagnol avait compris quelque chose d'essentiel : le territoire n'est pas un décor. C'est un interlocuteur. Ses films dialoguent avec les paysages autant qu'avec les acteurs. Et cet héritage, qu'on le veuille ou non, imprègne encore la façon dont Aubagne se laisse filmer aujourd'hui.

Les réalisateurs qui viennent tourner ici portent souvent, consciemment ou non, cette influence. Ils cherchent cette même vérité géographique, ce même ancrage dans le concret d'une terre qui a une odeur, une texture, une température.

Les nouveaux territoires du tournage

Ces dernières années, des espaces jusqu'ici peu exploités ont commencé à attirer les équipes de tournage. La zone industrielle du Charrel, avec ses entrepôts aux toitures métalliques et ses cours intérieures délabrées, a servi de cadre à plusieurs productions cherchant une esthétique urbaine mais sans la cacophonie d'une grande ville. Le contraste entre la beauté naturelle de l'arrière-pays visible à l'horizon et la banalité fonctionnelle de ces bâtiments crée une tension visuelle particulièrement intéressante.

De même, le marché de la poterie — activité historique d'Aubagne — offre des images d'une richesse chromatique exceptionnelle. Les ateliers ouverts, la terre humide sur les mains des artisans, les pièces séchant au soleil : tout cela constitue un univers visuel cohérent et peu exploité par le cinéma grand public.

Une documentariste marseillaise qui a passé plusieurs semaines à Aubagne pour un film sur l'artisanat provençal résume bien la chose : « Je cherchais de l'authentique. Pas du reconstitué, pas du muséifié. Aubagne m'a donné ça. Les gens travaillent vraiment, les rues sont vraiment comme ça. Il n'y a rien de mis en scène pour le touriste. »

Une ville qui ne sait pas encore qu'elle est cinégénique

C'est peut-être là le paradoxe le plus attachant d'Aubagne : la ville ignore en grande partie sa propre photogénie. Contrairement à d'autres communes qui ont fait de leur présence à l'écran un argument marketing, Aubagne accueille les tournages avec une sorte de désinvolture naturelle. On laisse passer, on regarde un peu, on continue sa vie.

Cette indifférence bienveillante est une bénédiction pour les cinéastes. Elle préserve quelque chose de précieux : la possibilité de filmer le réel sans que le réel ne se mette à jouer la comédie.

Pour Ciné Aubagne, c'est aussi une invitation à regarder différemment la ville dans laquelle on vit ou qu'on traverse. Chaque ruelle, chaque façade écaillée, chaque terrasse encombrée de géraniums est un plan potentiel. La prochaine fois que vous vous promenez dans le centre historique, essayez de regarder avec l'œil d'un réalisateur. Vous verrez : Aubagne, ça tourne très bien.

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