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Courts-métrages, docs et films d'auteur : quand Aubagne devient le berceau d'une nouvelle génération de cinéastes

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Courts-métrages, docs et films d'auteur : quand Aubagne devient le berceau d'une nouvelle génération de cinéastes

On aurait pu croire que la mondialisation des plateformes allait asphyxier les scènes cinématographiques locales. C'est tout le contraire qui se passe à Aubagne. Depuis quelques années, une poignée de réalisateurs, producteurs et collectifs émergents ont choisi de faire de la ville — et de ses cinémas — leur terrain de jeu, leur vitrine, parfois même leur rampe de lancement. Plongée dans un écosystème créatif qui ne demande qu'à être découvert.

Aubagne, décor et point d'ancrage

Il n'est pas anodin que des cinéastes choisissent Aubagne plutôt que Marseille ou Paris pour présenter leurs œuvres. La ville a une âme particulière : entre tradition provençale et modernité industrielle, entre mémoire ouvrière et effervescence culturelle, elle offre une matière narrative rare. Plusieurs réalisateurs locaux le disent ouvertement — Aubagne n'est pas un repli sur soi, c'est un choix artistique.

« Il y a une lumière ici, une façon qu'ont les gens de se raconter des histoires, qui est proprement aubagnoise », confie un jeune documentariste de la région, dont le premier long-format a été projeté dans une salle locale avant d'entamer un circuit de festivals. « Quand tu tournes ici, tu ne fais pas du cinéma régional au sens folklorique du terme. Tu fais du cinéma tout court, avec une géographie particulière. »

Cette revendication d'un ancrage territorial sans provincialisme est l'un des traits les plus frappants de cette nouvelle génération. Elle connaît les codes du cinéma international, elle a grandi avec les films de Kechiche, de Dardenne ou de Loach — mais elle choisit de filmer ses propres rues, ses propres visages.

Les cinémas locaux comme premiers partenaires

Le rôle des salles aubagnoises dans cet écosystème est central. Ce ne sont pas de simples lieux de diffusion : ils sont devenus des partenaires actifs du processus créatif. Certains exploitants n'hésitent plus à réserver des créneaux spécifiques aux productions locales — une séance de court-métrages en avant-programme, une avant-première d'un documentaire tourné dans la région, un débat post-projection avec l'équipe du film.

Ces rendez-vous, souvent à guichets fermés, révèlent un appétit réel du public aubagnois pour des œuvres qui lui parlent directement. On vient voir un film parce qu'on reconnaît une rue, un accent, une façon d'être ensemble. Et on reste pour en discuter, parfois jusqu'à la fermeture.

Cette proximité entre créateurs et exploitants n'est pas anecdotique. Elle constitue une forme alternative de distribution, à rebours des logiques industrielles. Pour un court-métrage ou un documentaire indépendant, une projection devant deux cents spectateurs à Aubagne peut valoir bien des sorties nationales confidentielles.

Festivals, tremplins et réseaux de diffusion

Aubagne et sa région s'inscrivent dans un réseau de festivals qui jouent un rôle déterminant pour les créateurs émergents. Le Festival International du Court Métrage d'Aubagne, centré sur la musique de film, est l'un des plus connus — mais il n'est pas le seul levier. Des événements plus modestes, organisés par des associations culturelles locales ou des collectifs d'étudiants en cinéma, permettent à des œuvres de trouver leur premier public sans passer par les circuits traditionnels.

Ces festivals jouent aussi un rôle de mise en réseau. C'est lors de ces rendez-vous que se nouent des collaborations entre réalisateurs, compositeurs, producteurs et diffuseurs régionaux. Plusieurs projets aboutis aujourd'hui ont germé dans les couloirs d'une salle aubagnoise, entre deux projections.

La région PACA soutient par ailleurs plusieurs dispositifs d'aide à la production et à la diffusion de films indépendants, auxquels les créateurs aubagnois ont de plus en plus recours. Ces financements, souvent méconnus, permettent de couvrir une partie des coûts de post-production ou d'organisation de projections itinérantes dans les villes voisines — Cassis, La Ciotat, Roquevaire — élargissant ainsi le rayon d'audience sans quitter le territoire.

Portraits d'une scène en mouvement

Derrière les chiffres et les dispositifs, il y a des visages. Une réalisatrice trentenaire qui a documenté pendant deux ans la vie d'un atelier de céramique traditionnel aux portes d'Aubagne, et dont le film a tourné dans une dizaine de salles provençales avant d'être sélectionné dans un festival parisien. Un collectif de jeunes vidéastes issus d'un lycée professionnel local, qui produit chaque année une série de courts-métrages de fiction distribués gratuitement lors des fêtes de quartier. Un producteur indépendant qui a fait le pari de monter sa structure ici plutôt qu'à Marseille, convaincu que la proximité avec les créateurs vaut toutes les adresses parisiennes.

Ces trajectoires ont en commun une chose : elles n'attendent pas la permission de la capitale pour exister. Elles s'inventent leurs propres circuits, leurs propres audiences, leurs propres légitimités.

Aubagne, incubateur ou simple étape ?

La question se pose, et elle mérite d'être posée honnêtement : Aubagne est-elle un vrai incubateur de talents cinématographiques, ou simplement un point de départ avant l'inévitable migration vers les grandes métropoles ?

La réponse est peut-être dans la question elle-même. Le fait que certains créateurs choisissent de rester — ou de revenir — après avoir goûté à d'autres horizons dit quelque chose d'important sur ce que la ville offre. Pas seulement du décor, pas seulement de la nostalgie, mais une communauté de spectateurs engagés, des institutions culturelles réceptives, et un territoire qui n'a pas encore dit son dernier mot.

À Ciné Aubagne, on aime à croire que les meilleures histoires sont celles qui se racontent ici, entre gens d'ici, pour des gens d'ici et d'ailleurs. Et que la salle de cinéma — cette vieille boîte noire obstinément vivante — reste le meilleur endroit pour les entendre.

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